France ALL BLACKS, 26 ans déjà !
J’ai vécu en live quelques grands moments du sport français.
Le 31 octobre 1999, j’étais à Twickenham pour apprécier l’une des plus spectaculaires remontada du sport français, un truc de deglingo diraient les jeunes d’aujourd’hui.
J’étais à Twickenham pour assister à la victoire du XV de France face à la Nouvelle Zelande (43 - 31) en demi finale de la Coupe du Monde 1999.
Je me souviens très bien de la semaine précédant le match. Les français avaient déménagé pour s'installer dans un petit hôtel à Slough une ville de la périphérie londonnienne.
Au lendemain, de la victoire en 1/4 de finale contre l'Argentine à Dublin, cette halte anglaise avait tout d'un hôtel terminus pour les bleus de France.
je me souviens d'un joli bordel autour de l'équipe dans cette semaine là.
Chacun y allait de son commentaire positif pour se dire que non, les All Blacks n'étaient pas invincibles. Mais personne n'y croyait réellement tant les Blacks étaient dominants (176 points marqués contre les Tonga, l'Angleterre et l'Italie en poule ) avec un Lomu en arme fatale.
Pourtant, en 1/4 de finale, les écossais -toujours étonnants- avaient résisté avant de s'incliner (30-18). Mais de là à y croire..???
Un avion le dimanche matin à Orly et nous voilà, avec une équipe de tournage à Twickenham, irradié par une belle lumière du mois d'octobre. On est installé, le spectacle peut commencer, comme annoncé, par un récital des Blacks. La magie noire opère, déferle et les lignes de défense bleus sont souvent, trop souvent submergées.
Les français "dispersés façon puzzle" en première mi temps (10-17) et - plus inquiètant encore - se retrouvent menés 24-10 en début de 2 ème mi temps après un autre essai de Jonah Lomu..
Et puis, en l'espace de 10 minutes, il y a l'inattendu, l'impossible, l'impensable, l'inespéré !!! 33 points pour les bleus et aucun pour les Blacks !
Raphael Ibanez, le talonneur français, raconte la suite :
Avec le recul, je crois que tout bascule après ce deuxième essai de Jonah (45e), qui semble définitivement sceller le sort de la rencontre ».
« À cet instant, on se retrouve sous les poteaux. Et vous savez, sous les poteaux, il y a toujours ce moment où les joueurs ont besoin de se parler, de s’encourager. Les mots qui sortent à ce moment-là, que ce soit de ma part en tant que capitaine ou de la part des leaders du groupe, vont au-delà du simple discours de motivation. On parle de survie.
« On sait qu’on a deux options : soit on sombre et on donne raison aux bookmakers, qui nous voyaient déjà loin derrière les All Blacks, soit on réveille cet instinct de survie, cette force qui nous permet de nous surpasser.
« Et puis, il y a le jeu. Le ballon, le rebond, les opportunités qui se présentent. La dynamique qui s’inverse. Les regards adverses qui commencent à douter. Les chants qui résonnent dans Twickenham…
« Tout cela crée encore aujourd’hui en moi un sentiment indescriptible, quelque chose d’incroyable, d’extraordinaire au sens littéral du terme : un moment qui échappe à l’ordinaire, qui nous a transcendés. Alors oui, on parle souvent de la magie de Twickenham… Ce jour-là, c’est nous qui l’avons écrite. »
Dans les tribunes, le souvenir d'une farandole bleue, d'une parenthèse enchantée lorsque les anglais, médusés, interloqués par le spectacle entonnent, avec les supporters français la Marseillaise.
Le souvenir d'avoir croisé Jonah Lomu, Josh Kronfeld, le 3ème ligne black complètement défoncé de fatigue après le match, d'avoir entendu le fabuleux Marc Lièvremont: "on l'a fait Laurent, on l'a fait " comme pour se persuader qu'il n'était pas dans un rêve mais bien, à la fin d'un match gagné, contre les All Blacks, sur la pelouse de Twickenham, en demi finale de la Coupe du monde.
Je me souviens de cette folie collective et de la fierté d'être français ce jour là.
Ces "unprecditable (imprévisibles) français" comme aime nous appeler les anglais venaient de réaliser une performance inoubliable !
Le soir, "chez Daniel au Pescadou", les bleus ont bu des verres, à l'étage et continué à fraterniser avec la petite centaine de français, présent devant le restaurant.
Alors non, les français n'ont pas gagné la Coupe du monde cette année là. J'étais à Cardiff pour la finale et les français n'avaient"plus de jus".
Ils avaient "tout donné, tout gagné" le dimanche précédant contre les All Blacks, pour écrire avec leur sueur, leur sang, leur folie, leur impertinence, leur réussite l'un des plus beaux moments du sport français.
Le 31 octobre 1999, le jour où Twickenham a aimé les Bleus de France !

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