Il était une fois mes JO: Calgary 1988



 


La vie est parfois simple comme un tour de stade. Nous sommes en 1987 et je suis à Bordeaux.  Trois ans auparavant, j'avais repris une licence joueur de hockey, en 1984 après mes années gapençaises, recruté par une ambitieuse équipe de Bordeaux.

Cette saison (84-85) est pour moi une référence puisque, cette année là, nous avons été, avec les Dogues de Bordeaux, champions de France et promus en Nationale 1 B.

Mais en Gironde,  j'ai pris ma vie en main.

J'ai repris mes bouquins, passé un bac en candidat libre, réussi  dans la foulée, le concours d'entrée (3% d'admis..) à l'école de journalisme de Bordeaux..Ma vie était lancée et tout naturellement, pendant mes études, le week end, je bossais en radio -Radio France Bordeaux Gironde - avec beaucoup de directs de foot, rugby, basket, volley et bien évidemment hockey.

Un tour de stade - on réfléchit beaucoup lorsque l'on court - et je me dis :"Si la France se qualifie pour les JO, j'irai à Calgary". La France aux JO en hockey, ce n'est plus arrivé depuis Grenoble en 1968, faut marquer le coup.

Le dire est une chose, le faire en est une autre. Et me voilà, tard le soir, -décalage horaire oblige - sur le télex de la radio à chercher la bonne adresse pour mon accréditation.

Jeune, volontaire, énergique, à Bordeaux, rue Judaïque,  j'explique, avec conviction, à des canadiens que je vais aller aux JO de Calgary pour suivre certains joueurs de l'équipe de France de hockey sur glace. 

Et ça a marché !

Début février 1988, je pars de Bordeaux pour mon expédition dans le grand nord canadien. 

J'ai un sac de plus de 20 kilos avec des affaires pour 3 semaines et un "nagra" de radio..Un truc un poil néhandertalien de plus de 20 kilos et le périple qui s'amorce n'est pas simple.


Bordeaux-Paris, en train, une nuit dans la capitale et le lendemain, au petit matin, direction Amsterdam, toujours en train avant le décollage vers mes premiers Jeux Olympiques.

Je suis seul, je me "démerde" comme un grand et je suis dans mon avion en direction de Toronto.  La météo est hivernale et une jolie tempête de neige m'accueille en Ontario. Je sors de l'aéroport avec mon barda pour trouver un hôtel assez proche. J'ai un avion le lendemain -2 jours après mon départ donc - en fin de matinée à destination de Calgary.


La vie est bizarre. Je me suis préparé au froid de Calgary et la première image que j'ai de l'Alberta, c'est un grand soleil et de la neige qui fond ! 

La lumière est magnifique et partout de l'eau qui s'écoule. Je viens d'arriver à Calgary. la température dépasse les 10 degrés. C'est un phénomène - que j'avais découvert avant mon départ - le Chinook, un vent du pacifique "mangeur de neige" qui fait monter la température. Le temps d'un souffle et la température passe, en quelques heures de -20 ° à +12°, 13°. Le Chinook et le soleil, ce sont mes premiers souvenirs olympiques. 

C'est bien beau d'être ébloui par la lumière, faut faire vite car l'après midi d'hiver au Canada ne dure pas longtemps et me voilà parti à la découverte de l'hébergement que j'ai réservé, depuis Bordeaux.

En bus, puis à pied pour terminer avec mes 40 kilos sur le dos, je me présente à l'adresse indiquée. Je trouve l'endroit curieux. L'immeuble, tout en longueur sur 2 étages ne ressemblent pas trop aux photos que j'ai vues.

Un rapide coup d'oeil sur les boites aux lettres et je me hisse au 2 ème étage. Un long couloir, avec des portes de chaque côté, se présente à moi. Je progresse lentement et enfin, 2 jours après mon départ de Bordeaux, je suis devant la bonne porte. Je vérifie le nom, c'est bon et je commence à frapper à la porte.

Aucune réponse..Je frappe de plus en plus fort si bien que c'est la porte du voisin qui s'ouvre..

J'explique au voisin, un jeune homme d'environ 35 ans, que j'arrive de France, je viens couvrir les jeux Olympiques et que j'ai réservé un logement, ici, à cette adresse.

Le gars, très sympa m'écoute et me propose d'entrer chez lui et là, un miracle de la vie ! 

Je me retrouve, chez un gars que je ne connais pas, face à sa femme, que je reconnais tout de suite car nous étions dans le même avion entre Toronto et Calgary !!

Surprise, sourires, un vent de sympathie car ce couple de canadiens va m'aider, littéralement sauver mes Jeux. Oui, ils savent que leur voisin a des appartement à louer mais c'est dans une réserve indienne, à 20 kilomètres de Calgary.. Allo maman bobo comme dirait Souchon..

Ni une, ni deux, ce couple protecteur joue les samaritains. Ils ont un copain qui a une maison, dans Calgary, avec une chambre au rez de chaussée qu'il n'utilise pas. Un coup de téléphone, leur voiture pour me déposer et me voilà installé, dans ma chambre, à Calgary !!!

Le lendemain, avec les conseils de mon hôte, je vais récupérer ma précieuse accréditation (celle de la photo en tête de cet article). Il fait beau et plutôt doux et je me suis habillé léger, tranquille pour ma première vraie journée canadienne.

 Mes Jeux Olympiques peuvent commencer, à l'entrainement de l'équipe de France. Je connais bien les joueurs. J'ai joué avec certains ou contre d'autres. Je suis un vrai spécialiste de la discipline. Spécialiste de hockey sur glace, autant dire un ovni pour les journalistes présents par obligation "pour faire des sons

La presse est un milieu où l'entre soi règne. Les envoyés spéciaux se croisent régulièrement sur les compétitions de ski et, pour la majorité, ils ne me calculent pas trop. 

Pourtant, je sympathise avec Laurent Rigoulet, envoyé spécial du journal Libération et j'entretiens de très bonne relation avec un un journaliste que j'estime, Jean Paul Brouchon, que j'écoutais, jeune sur le Tour de France. Jean Paul m'a fait travailler en pige lors du tournoi du Mont Blanc, un mois plus tôt, pour France Info et il est bienveillant avec moi. 

On regarde les français se préparer, j'explique pas mal de choses à mes confrères  et me voilà parti, à la fin de l'entraînement, avec Laurent Rigoulet, vers le centre de Calgary.

Le problème, c'est que pendant l'entraînement, le Chinook s'en est allé, les nuages sont revenus, le froid s'est installé.

- 12° peut être moins 15 avec un vent glacial qui nous cingle le visage. j'ai piètre allure avec mon petit blouson français, à tenter de m'abriter derrière les panneaux de signalisation. Ces instant sont parmi les pire de ma vie. J'ai eu si froid que j'ai retenu la leçon. A Calgary, ne te découvre pas d'un fil.

Calgary, la ville avec son Downtown, le Saddledome, antre des Flames de 19 000 sièges, le Stampede Coral, site de rodéo pour la 2 ème patinoire. La vie est paisible là bas et les canadiens sont fiers de recevoir les jeux.

C'est l'époque des pin's et les échanges de ces petites magnettes provoquent des attroupements dans la ville. Je découvre des canadiens, tranquilles, une bière à la main dans des bar ou des "hotesses" top less dansent devant eux.

Bizarre comme pause déjeuner !

Les Jeux débutent par un match Suède France dans un Saddledome à moitié rempli. La première période est incroyable. Les français -avec 13 joueurs naturalisés -sortent du premier tiers à égalité 1 partout avec les suédois et Christophe Ville a même tiré sur le poteau..

Du rêve à la réalité, les suédois change de méthode en 2 éme période et marquent 9 buts puis 3 dans le derniers tiers temps. Score final 13-2, logique respectée. Je croise Antoine Richer après le match : "Laurent, c'est nous qui avons baissé de niveau ou c'est eux qui ont accéléré ? me demande t-il. 

En fait l'équipe de France a adopté un style défensif, homme-homme, chaque ailier garde son ailier et le centre joue assez bas. Ce système a troublé les suédois pendant 20 minutes puis ils se sont adaptés.

Face à un tel système, il existe 2 solutions, soit envoyer le palet dans le fond de la zone adverse et gagner les batailles pour le récupérer, pas vraiment le style scandinave. 

L'autre consiste à utiliser la liberté des défenseurs  et de les utiliser "en playmakers", peu fixés par les attaquants français, les défenseurs suédois ont de l'espace et ils se sont bien amusés.

La suite est difficile pour les français, détruits par les Finlandais (10-1), dominés par la Pologné (6-2) avant LE match contre le Canada. 

Cette rencontre se dispute sur le Stampede Coral, la 2 ème glace. Un truc ovale sans véritables coins, avec des dimensions minuscules. pas un cadeau avant d'affronter les Canadiens, adeptes du jeu physique "Nord-Sud ".

Ce match est le grand soir de Philippe Bozon. L'ailier français brille sur la glace, marque 3 buts et contribue largement à l'honorable défaite des Bleus (5-9) face aux canadiens.

Mais le spectacle est ailleurs, par exemple dans les "USA,USA" scandés par la foule bruyante du Saddledome, peuplés d'américains, venus en voisin et qui veulent revivre le frisson de 1980, "miracle on the ice" lorsque des étudiants américains ont trépassé l'URSS pour offrir une médaille d'or mémorable aux Etats Unis.

Mais en 1988, l'URSS avec la KLM (Krutov, Larionov, Makarov) notamment ou encore Fetisov et Kazatonov est absolument injouable.

Je me souviens d'un match contre des canadiens supers agressifs, au Saddledome comble. Plus de 19 000 fans venus assister à la destruction des soviétiques. Les canadiens tentaient de frapper, les soviétiques se baladaient en se croisant, se démarquant, en s'amusant..J'étais tellement impressionné par la facilité des soviétiques que j'étais descendu entre 2 périodes pour les voir de près, à la sortie de leur vestiaire -à l'époque on pouvait...-. Et là, j'ai compris, les types -qui s'entrainaient 3 fois par jour, je l'ai appris plus tard - étaient en fait hyper puissants..

Le corps, très fort donc et l'esprit collectif, largement supérieur à cette époque, c'étaient les explications de la supériorité soviétique (et peut être un peu de dopage pour supporter les charges de travail infligées par l'entraineur, Victor Tikhonov..).

Près de 3 semaines en free lance à l'ouest du Canada pour vivre mes premiers Jeux Olympiques. Il fallait de la volonté, de la conviction de l'énergie pour y arriver. je l'ai imaginé et je l'ai fait. Je n'ai pas gagné d'argent mais je suis rentré dans mes frais.  

Je n'ai plus de souvenir de mon retour mais je sais que cette expérience m'a marqué et cela m'a sans doute permis de vivre d'autres aventures olympiques. 

Il y en aura 10 en hiver et 2 en été. La semaine prochaine, je vous raconterai Alberville 1992, accrédité par France Télévision et donc beaucoup plus confort !



Commentaires

  1. J'ai un souvenir sur ces jeux qui m'avait ulcéré à l'époque. C'était une chronique d'un correspondant de France Inter-France Info. Désoler de le dire mais je crois bien que c'était Jean Paul Brouchon. Il disait se sentir honteux de voir la France à ce tournoi de hockey et qui se couvrait de ridicule en étant incapable de faire un tant soit peu bonne figure face aux autres nations. ( à ce moment là il restait le match contre le Canada à jouer). J'étais furieux car c'était un rêve, le rêve d'une vie pour beaucoup de ces joueurs que de participer et représenter la France; rêve qu'on avait volé à une autre génération qui avait vu leur participation aux jeux de Sapporo leur être retirée. Leur qualification ne leur avait pas été donné mais obtenue sportivement. De plus de quel droit ne pas leur donner l'occasion de progresser, emmagasiner de l'expérience en sachant que dans 4 ans ce serait à Albertville, tout cela parce qu'1 journaliste se sentait humilié. Il est sûre qu'en ne se confrontant pas au meilleur on ne risque pas l'humiliation; pas sûre par contre que l'on progresse. J'ai gardé ça dans la tête et j'y repense chaque fois que notre EdF nous réjouit d'un exploit mémorable performance comme contre la Russie en 2013 ou la Finlande en 2017.

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  2. Tu as sans doute raison. Je n'ai pas le même souvenir de Jean Paul. A l'époque, il avait été très gentil avec moi. Au départ, je devais collaborer avec France Info pendant ces JO puis Jean Paul était venu me voir en me disant que ce ne serait pas possible car la direction ne voulait pas prendre de pigiste. Jean Paul a sans doute eu une charge de travail supplémentaire et il "s'est fait" l'équipe de France. C'est toujours facile de" tirer sur l'ambulance". Très sincèrement, et c'est toujours pareil, les médias sont en général très conservateurs, forts avec les faibles et faibles avec les forts.Je comprends tout a fait ton ressenti.

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