Il était une fois mes JO : Nagano 1998
AH, Nagano !! Pour moi, ce voyage au Japon commence par un décalage complet. Vous avez peut être vu le film de Sofia Coppola "Lost in translation" avec un Bill Murray, errant, perdu, décalé au Japon.
Cette aventure, je l'ai vécu en 1998. J'avais indiqué, à l'époque, à ma hiérarchie de France Télévision que nous devions passer par Sapporo, avant les JO car l'équipe de France de hockey y terminait sa préparation avec des matchs contre l'Allemagne, si ma mémoire est bonne.
Sapporo, sur l'ile d'Hokkaido, au nord du Japon, sur une carte, ça semble à peu près sur une latitude proche de celle de Paris....
Me voilà parti avec Thierry Adam, en tenue hivernale pour un Paris-Tokyo suivi d'une correspondance Tokyo-Sapporo. En chiffre, cela donne un voyage de près de 18 heures avec escale à Tokyo mais le pire était à venir.
Sapporo, c'est carrément la Sibérie. J'ai rarement été aussi décalé après un voyage. il y avait le décalage horaire de 7 heures mais aussi -surtout- le décalage climatique.
De Sapporo, j'ai des souvenirs de murs de neige, de la nuit et des soupes que l'on mangeait dans des auberges, mal éclairées, avec des personnes âgées !!! Des réveils nocturnes et la sensation persistante d'être à côté de moi même, sous des températures polaires ! Bienvenue au Japon !
Oui, Sapporo, c'était vraiment un souvenir particulier si bien que Nagano, finalement m'est apparu comme assez tranquille.
Bien entendu, il y a avait encore la météo capricieuse, qui proposait les 4 saisons (quoique souvent humide) dans la même journée. On déambulait, dans nos (rares) moments libres pour visiter les temples boudhistes de la ville , avec toujours le souvenir d'une population âgée..Bizarre..
Avant de partir, tout le monde avait un peu paniqué en disant que la vie au Japon était hors de prix et de ce côté là, on était agréablement surpris. On découvrait les sushis et le repas à base de crabe ou de poulet frit. C'était bon et plutôt cool.
Sur la glace, ces Jeux olympiques s'annonçaient palpitants avec la présence, pour la première fois de l'histoire de tous les meilleurs joueurs du monde. la NHL était de la partie tout comme le hockey féminin, avec déjà un duel indécis entre le Canada et les Etats Unis.
J'avoue que j'avais été impressionné par le niveau de ces 2 équipes largement supérieures à toutes leurs rivales et le sacre des américaines, en finale contre le Canada a définitivement installé les femmes du hockey aux JO d'hiver. Une bonne chose de faite !
Les Français, eux, avait un entraineur de renom pour leurs 4 ème Jeux Olympiques consécutifs. En effet, Herb Brooks, fameux coach de l'équipe américaine du "Miracle sur la glace' de 1980 était derrière le banc des bleus.
De miracle, cette année là, il n'y en a pas eu. C'était les débuts de Cristobal Huet dans la cage des français et il n'a pas empêché une défaite en match d'ouverture (0-4)contre la Bielorussie. Je me souviens du but de Christian Pouget pour permettre à la France de battre le Japon et , ainsi, garder un petit espoir de qualification pour les 1/4 de finale.
Hélas sans succès, le géant allemand Uwe Krupp et ses copains ramenaient la France à son niveau. Celui d'un match pour la 11 ème place, gagné (5-1) contre l'Italie grâce à 3 buts de Philippe Bozon.
Et puis, il y avait LE tournoi avec les favoris canadiens et Wayne Gretzky face à toutes les autres grandes nations du hockey. Et là, régal...
Avec un tournoi de feu.. les stars canadiennes sont battus en demi finale, après une série de penalties palpitante.. Wayne Gretzky, plus grand joueur de l’histoire du hockey est réduit au rang de spectateur de cette série . Marc Crawford, l’entraîneur canadien choisit 5 autres tireurs et ignore « The Great One ». Je me souviens des larmes sur le visage de Gretzky.
La parole est aux gardiens dans cette série. Patrick Roy est fabuleux, Dominik Hasek, miraculeux..
Hasek encaisse 2 buts lors des ..3 derniers matchs contre les États Unis, le Canada et la Russie en finale..une performance hors norme et un surnom pour l’histoire ( du hockey..) : Dominator !!!
In croyables tchèques qui se sont enrichis de la rudesse de la NHL, sans oublier les vertus de leur éducation, un jeu collectif ou l’on utilise la largeur de la patinoire en opposition avec la tactique « Nord-Sud » des américains et des canadiens !
Quel spectacle, quel tournoi, quelle finale lorsque 30 ans après le printemps de Prague, durement réprimé par le pouvoir soviétique, les tchèques s’imposent (1-0) en finale, avec un Dominik Hasek infranchissable.
Le peuple Tchèque exulte sur la place Venceslas et sur la glace de Nagano, avec une autre vedette et son numéro 68, référence au printemps de Prague, Jaromir Jagr.
La petite Tchéquie a terrassé tous les gros, Etats Unis, Canada, Russie dans le « Big Hat » de Nagano. Je me souviens de la foule des Japonais, ultras disciplinés, qui quittaient en un éclair les sites pendant ces Jeux. À l’époque, je me souviens que je disais « putain, ils sont trop disciplinés, c’est incroyable. Jamais, nous ne pourrons faire ça en France ».
J’avais tort et je me suis fait la réflexion pendant les JO de Paris quand l’excellence de l’organisation française a rivalisé avec les miracles japonais.
C’est bizarre la vie car les 7 heures de décalage horaires ont propulsé le tournoi de hockey dans le grand sommeil des Français. La plupart des matchs étaient diffusés pendant la nuit..
Au retour, beaucoup apprenaient presque qu’il y avait eu des JO.
15 jours à fond de passion et en France, les JO se résumaient à peu près au «gimmick » des guignols de l'info « ici, à Nagano » pour paraphraser Pierre Fulla..
Nagano, c’était autre chose, cette culture japonaise si traditionnelle dans un pays si moderne..Oui, Nagano, ça valait bien un choc thermique, pour vivre une quinzaine inoubliable !!! Même si, en France, c’était la nuit …


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