Il était une fois mes JO : Salt Lake City 2002

 




Ces Jeux Olympiques commencent à Venice Beach, près de Los Angeles.

J’avais indiqué à ma hiérarchie que le All-Star Game de la NHL se déroulait, avant les Jeux Olympiques, au Staples Center de Los Angeles.

Nous voilà donc, avec Thierry Adam, dans la douceur californienne de la fin du mois de janvier 2002, en voiture sur les larges boulevards de LA.

Le All-Star Game, c’est un grand “Barnum” pour vendre le hockey. Sur la glace, il y a les concours de vitesse, de lancers, et un match sans contact, sans aucun intérêt…

Pourtant, au Staples Center, j’ai compris en 2002 le “génie” des Américains. Un spectacle très moyen sur le plan sportif, donc, devant 20 000 personnes, mais un écran géant à quatre faces au milieu de la patinoire, et alors là, attention !!!

Les spectateurs payent des billets très chers pour regarder la glace, mais surtout les écrans vidéo avec une animation de “ouf”, comme disent les jeunes aujourd’hui, et, bien entendu, les commanditaires ultra-présents.

Ils vont au spectacle et ils regardent la télé… Forts, les Ricains !

On avait enregistré pas mal d’entretiens avec les stars de l’époque : Canadiens, Américains, Tchèques, Slovaques, Russes et autres. J’avais même rencontré et interviewé Mike Eruzione, auteur du but vainqueur en 1980 contre l’URSS !!

C’était cool, et on s’était fait la finale du Super Bowl Patriots de La Nouvelle-Orléans – Rams de Saint-Louis, en direct dans un bar de Venice Beach. Le football américain, c’est très long, surtout si l’on boit des bières dès le début.

Avec Thierry, on avait trouvé une jolie petite “cantine” et vécu, en direct, la finale du Super Bowl ! Super cool !

Et nous voilà à Salt Lake City, une ville de plus d’un million d’habitants, plantée dans un cirque impressionnant avec les monts Wasatch pour dominer les lieux. J’imaginais, en regardant l’immensité de ce site, l’impression des premiers Mormons à leur arrivée au XIXᵉ siècle ! Tout était grand à Salt Lake, impressionnant…

Des pavillons, un downtown et ses tours bien visibles où que l’on soit, il y avait quelque chose de gigantesque dans cette ville de Mormons.

L’esprit olympique l’a largement emporté sur le rigorisme des Mormons et ces Jeux ont été cools, bien organisés.

Pour le hockey, pas de gigantisme : il y avait le E Center de Salt Lake (10 000 places) et l’Ice Peak Center de Provo (8 500 sièges), à environ 45 minutes de route. Ces petits déplacements entre les deux patinoires étaient pour nous l’occasion de voir les États-Unis, enneigés et finalement assez souvent ensoleillés.

Sur la glace, dirigés par un Finlandais sympa, Heikki Leime, les Bleus, avec une jeune génération (les jumeaux Rozenthal, Meunier, Aimonetto, Zwickel, Bachelet, Yorick Treille – aujourd’hui entraîneur des Bleus –, Amar, Bachet) épaulant les vieux grognards Bozon, Perez, Barin ou Briand, ont fait illusion pendant le premier match.

Longtemps, ils ont mené contre la Suisse avant de se faire reprendre à cinq minutes du terme. Un match nul (3-3) contre la Suisse, c’était un bon résultat.

La suite fut beaucoup plus compliquée, avec des défaites face au Bélarus et à l’Ukraine.

On était loin de la magie d’Albertville, et je me souviens d’Arnaud Briand, littéralement tombé dans mes bras, fourbu et en pleurs après un calvaire vécu contre la Slovaquie et une défaite (1-7) qui condamnait les Français à la dernière place du tournoi.

Les Français quittaient les Jeux par la petite porte, et – à ce moment-là – personne ne savait que cette porte resterait fermée pendant 24 ans…

Parce que le hockey aux JO, c’est toujours énorme, comme la bévue monumentale du gardien suédois Tommy Salo, qui encaisse un but venu du milieu de la patinoire. C’est un autre “miracle sur la glace” lorsque le Bélarus, pourtant relégué de l’élite mondiale (les 16 meilleures équipes), élimine la Suède en quarts de finale !

Je me souviens d’un match de poule entre la Lettonie et la Slovaquie. Il est 4 ou 5 heures du matin en France, et je commente seul, car Thierry a été envoyé sur le snowboard pour la médaille d’or de Karine Ruby.

Les Slovaques mènent 6-3, mais derrière mon micro, je le sens, je le sais : “6-3 pour les Slovaques, mais ce match n’est pas terminé, les Lettons fabriquent trop de jeu pour qu’on en reste là.” J’étais impressionné par la Lettonie, et notamment par le formidable défenseur offensif Sandis Ozolins. Le match s’était terminé, en direct sur Antenne 2 vers 6 h 45 du matin, sur le score de 6-6.

Eh oui, on a les souvenirs sélectifs.

Et puis, il y avait les matchs “historiques”, États-Unis–Russie en demi-finale, par exemple. Le genre de match, dans la lignée du “miracle on the ice” de 1980, jamais tout à fait comme les autres.

Que de talents sur la glace : les frères Bure, Yashin, Kovalchuk, Fedorov, Larionov, Kovalev, Datsyuk d’un côté, contre Housley, Suter, Leetch, Roenick, Modano ou Brett Hull de l’autre.

Du talent des deux côtés, du “bluff” russe avant le match sur un éventuel boycott pour protester (déjà…) contre un contrôle antidopage positif sur une patineuse ; la glace de Salt Lake avait des allures de “guerre froide”.

Emmenés par Herb Brooks (l’entraîneur des Américains en 1980), les boys l’ont refait. Salt Lake, ce soir-là, revivait l’esprit de 1980 ; l’or était à portée de patins…



Oui mais, “the last but not the least”, il restait le Canada.

Canada–États-Unis en finale : avec Thierry, nous étions “bouillants comme des baraques à frites”. Pas à Paris, et Charles Bietry avait décidé de ne pas diffuser – en prime time – cette finale en direct. À France TV, on avait programmé une rétrospective des Jeux (qui avait fait un four en audience). On était en colère, frustrés, mais c’était ainsi. On ne pouvait rien faire, sinon conserver notre énergie, notre passion pour faire vivre ce moment de sport.

La finale avait été décalée en deuxième partie de soirée. Petite victoire : nous avions triplé la part de marché de la chaîne pendant la diffusion. Nous avions raison. Cette finale avait sa place en “prime”.

Le Canada avait une équipe de “ouf” : Sakic, Lindros, Iginla, Yzerman, Shanahan, Kariya, Niedermayer, Blake, MacInnis, Martin Brodeur devant le filet et Mario “le Magnifique” Lemieux…

Quel match, quelle atmosphère (qui préfigurait d’ailleurs la rivalité actuelle entre les deux pays) ! Et à la fin, c’est le Canada qui gagne et remporte son premier titre olympique depuis… 1956 !!



Ce soir-là, j’ai commenté l’inimaginable : en finale, lorsque Mario Lemieux a manqué un but “tout fait” à 5 contre 3, en ratant une cage ouverte à un mètre du but : “Incroyable, Mario Lemieux en a marqué des centaines dans cette position, et ce soir, en finale olympique, il manque la cible… incroyable !”

 J’ai encore dans les oreilles ma stupéfaction en direct – car nous avions commenté live, même si la diffusion était décalée – de cet instant-là.

C’est ça, les JO : des bouts de souvenirs pour une vie. On garde en soi des moments pas complètement essentiels, mais qui restent.

Oui, nous étions frustrés du manque de reconnaissance envers le hockey à Paris, mais “keep going” : nous avions vécu quatre semaines de rêve, de Venice Beach jusqu’à la “cité des Mormons”.

Toujours avec passion. Et avouez que c’est tout de même le plus important.

C’est ma façon de voir les choses.


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