Il était une fois mes JO : Turin 2006


En ce début d’année 2006, je suis à Montréal pour un tournage. Un matin, je ressens une petite boule au niveau de mon aine droite. Rien de bien alarmant, me dis-je. Life goes on.

Je pars ensuite marcher avec des amis, au Chili, dans la cordillère des Andes. Là-haut, à plus de 5 000 mètres, je sens bien que quelque chose cloche : je peine à suivre. Je mets ça sur le compte de l’altitude, persuadé que mon corps supporte mal le manque d’oxygène. Je me dis qu’il faudra désormais me contenter des balades dans les Alpes.

De retour à Paris, je consulte un médecin. Les analyses ne révèlent rien d’anormal. Rassuré, je repars pour Turin.

Turin n’est pas une ville laide. Ses immenses arcades « mussoliniennes », son rythme italien, sa dolce vita… Mais cette ville, berceau de Fiat, porte aussi une mémoire ouvrière, un passé que l’on ressent dans ses rues. Pendant les Jeux olympiques, il y avait comme un contraste entre le faste de l’événement et la gravité silencieuse de la ville.

La veille du tournoi de hockey, nous attendons dans la file d’un restaurant. Devant nous : Steve Tambellini, Kevin Lowe et Wayne Gretzky, une partie de "l'etat major." de Team Canada. Je n’ai pas pas dérangé “The Great One”, mais j'ai discuté un moment avec Kevin Lowe, ancien défenseur des Oilers d’Edmonton, francophone grâce à sa mère québécoise.

C’est aussi ça, les Jeux Olympiques : un brassage improbable, des figures du sport, des héros, des anonymes, tous réunis au même endroit.

Et puis, le défilé des nations.

 En 2006, à Turin, j’ai assisté à ce que j’appellerais la renaissance de la « Grande Russie ». 

Leurs tenues étaient ostentatoires, presque provocantes, "tape-à-l’œil à souhait." Mais ce qui m’avait le plus marqué, c’était le défilé des limousines : les Russes étaient de retour dans le concert des nations, décidés à profiter de la loupe olympique pour en mettre plein la vue au reste du monde. On se pressait pour les hospitalités lors des rencontres de la Russie. C’était la renaissance de la Russie, la patinoire devenait l’endroit idéal pour confirmer le retour de la « Sbornaja ».

Je n’avais jamais vu à ce point une volonté d’afficher sa puissance. À Turin, l’argent régnait. La « maison russe » était "the place to be". Et quelque part, le monde que l’on connaît aujourd’hui prenait racine dans cette époque.

Le tournoi de hockey, lui, fut une autre histoire. Pour la première fois depuis 1984, il n’y avait aucun Français engagé. À France Télévisions, le hockey n’était clairement pas une priorité — loin de là.

Cette quinzaine fut celle d’un échec : celui de la stratégie canadienne. Ils avaient misé sur la puissance, sur la masse. Nash, Heatley, Lecavalier, Thornton, Iginla, Doan, Bertuzzi… des noms qui faisaient trembler les petites glaces de la NHL, mais qui semblaient perdus sur les vastes patinoires olympiques, quatre mètres plus larges que celles d’Amérique du Nord.


Résultat brutal : zéro pointé contre la Suisse, la Finlande et la Russie. Cent quatre-vingts minutes sans marquer le moindre but. Les joueurs à la feuille d’érable quittèrent la compétition dès les quarts, battus par leurs vieux rivaux russes — une élimination d’autant plus amère qu’elle réveillait les fantômes de la « série du siècle » de 1972.

Le hockey « nord-sud » des Canadiens, fondé sur le physique et la verticalité, était devenu trop lisible. Trop prévisible. Trop simple.

Finalement, trois équipes européennes — Finlande, Suède, Tchèquie — et la Russie composaient le carré final. Une surprise immense, dans un tournoi qui rassemblait l’élite mondiale.

Les Russes et les Tchèques sortis, la finale Suède–Finlande fut, pour moi, une déception. Attention : ces deux nations font partie du fameux « Top 6 », celui qui domine le monde du hockey depuis plus de soixante-dix ans. Mais honnêtement, un duel nordique sur glace… peut vite devenir pénible.

Je parle en connaissance de cause : j’en ai vu des dizaines. Deux équipes aux schémas identiques, enfermées dans leurs systèmes, bloquant la zone neutre avec discipline. Ça patine beaucoup, oui, mais le spectacle s’étiole. On n’entend plus que le crissement sec des patins sur la glace, comme une grosse séance de patinage...

De cette finale, je ne garde qu’une image : le but du grand Niklas Lidström, légende des Red Wings de Détroit, qui offrait à la Suède son deuxième titre olympique, après celui de 1994.


Oui, il était temps de rentrer à Paris, toujours avec cette petite boule à l’aine.

De nouveaux examens révèlent finalement ce que je ne voulais pas entendre : un lymphome folliculaire, une forme de cancer des ganglions. La suite sera faite de traitements, de chimio, d’attente, d’espoir.

Drôle de début d’année. Drôles de Jeux Olympiques, dans un parc des expositions transformé en patinoire.
Heureusement, les suivants, à Vancouver, allaient être d'un tout autre niveau, sur tous les plans !


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