Il était une fois mes JO : Vancouver 2010

 


Ah, Vancouver…

Pour moi, ces JO débutent au Millennium Stadium de Cardiff. Je commente, en compagnie de Jérôme Cazalbou, Pays de Galles – Écosse dans le cadre du Tournoi des Six Nations.

Quel match ! Les Écossais mènent de 10 points à 5 minutes de la fin, mais les Gallois renversent la table. Un essai d’Halfpenny et une pénalité de Stephen Jones à la 80e minute remettent les deux équipes à égalité. Et puis, deux minutes hors du temps… Renvoi, les Gallois cueillent le ballon… Une remontée de terrain à grands coups d’épaules, prise d’intervalle et enfin : « la balle à l’aile, la vie est belle ». Shane Williams, le petit lutin gallois, pointe dans l’en-but écossais.

Le Pays de Galles gagne le match (31-24) dans un Millennium en fusion absolue. Le bonheur transcende, irradie, toutes générations confondues. C’est un grand moment de sport…

Quelques heures après le match, je suis sur la M4, cette autoroute qui relie Cardiff à Londres, toujours très chargée, direction Vancouver.

Une nuit à Heathrow, une petite dizaine d’heures de vol et me voilà à Vancouver le dimanche en fin d’après-midi. Et là, je tombe sur un reportage de la TV canadienne sur son équipe de hockey, avec Mike Babcock, l’entraîneur, qui rassemble ses joueurs et leur dit :
« Notre vie, c’est la Coupe Stanley, notre but chaque année. Mais là, les gars, c’est autre chose, plus grand, plus fort. Gagner la médaille d’or, ici au Canada, devant vos familles, vos enfants, c’est “one in a lifetime”, une fois dans une vie. »

Je viens de quitter la passion rouge de Cardiff et me voilà propulsé dans une autre folie rouge…

Le Canada et le hockey, c’est quelque chose… J’avais déjà mesuré cette passion à Calgary, Montréal, Ottawa, Québec ou bien entendu Toronto. Je n’ai pas été déçu.

Pour la première fois, nous sommes trois au commentaire avec Thierry Adam et Roch Voisine. La cohabitation a été harmonieuse, heureuse, à Vancouver, merveilleuse cité. Roch est un type simple et on a bien rigolé, avec des repas et une passion partagés.

On avait nos repères dans la Rogers Arena et on a été témoins des débuts douloureux de Team Canada : victoire en prolongation contre la Suisse, puis défaite face aux États-Unis (5-3) en poule.

La tension monte réellement à Vancouver et les fantômes de Turin ressurgissent alors que se profile un quart de finale contre la Russie, l’autre ennemi.

La Russie avec Markov, Gonchar, Datsyuk, Fedorov, Kovalchuk, ou les jeunes Malkin et Ovechkin. Ovechkin, annoncé comme la future star du hockey russe, un joueur physique, méchant, « qui termine ses jeux », comme il l’a prouvé au premier tour en appuyant une solide mise en échec au milieu de la glace sur Jagr, comme pour dire : « ton temps est passé, pousse-toi de là ! »

Oui, décidément, ce Canada – Russie en quart, c’est du très lourd, sur fond de rivalité historique, incarnée par les deux kids, Ovechkin et Crosby.

Avec Roch et Thierry, on est bouillants, excités à l’idée de vivre ce grand moment des JO.

Et quel moment ! Sur la glace, les Canadiens roulent sur les Russes. Ils finissent tous leurs jeux. Ils frappent, ils concassent, « ils dispersent » aurait dit Audiard. J’avais compté quelque chose comme 27 mises en échec en première période. Les Russes explosent en vol (7-3) et la Rogers Arena et ses 19 000 personnes n’ont rien à envier au Millennium de Cardiff.

On fait un beau métier. Nous sommes bien logés et, un matin, au hammam, je regarde le vieux monsieur qui est en face de moi : « Tu le connais ce type, Laurent ? » me dis-je, avant d’échanger quelques mots avec lui. Je suis avec Don Cherry, le Monsieur Hockey du Canada, un type aux avis tranchés et aux tenues extravagantes !

Après une petite frayeur en demi-finale contre une talentueuse équipe de Slovaquie, voilà le Canada en finale contre l’ennemi américain.

« It is our game », « Hockey is Canada » : les affiches rappellent que cette rencontre dépasse (déjà) le cadre d’un simple match de hockey.

On n’a pas été déçus. Les Américains ont livré un match total avec Ryan Suter, Pavelski, Kane ou Parise. Parise justement, qui égalise pour les Américains à 25 secondes de la fin (2-2).

Vous reprendrez bien un peu de dessert ? Voici les prolongations, à fond de passion derrière le micro, jusqu’au dénouement que tout le monde connaît : le but en or de Sidney Crosby et le premier titre olympique du Canada "à la maison" 


« One in a lifetime » avait prédit Mike Babcock. C’est la fin d’après-midi à Vancouver, une pure folie s’empare de la ville. J’appelle Luc Tardif, le président de la Fédération française de hockey, pour partager cette passion en lui disant : « Après un tel spectacle, les choses vont changer. »

J’ai 50 ans et je suis toujours naïf, mais j’aime ça. J’ai vécu un immense moment de sport après 17 jours (depuis le Millennium) intenses, inoubliables.

La ville, le pays — une audience de 22 millions de téléspectateurs dans un pays de 36 millions d’habitants — ont capoté après cette finale historique.

Vancouver, la Colombie-Britannique (avec un petit vol d’hélico pour apprécier tout ça), c’était vraiment, vraiment cool !



Commentaires

  1. Merci pour ce témoignage, par contre le Canada avait été champion olympique en 2002 à Salt Lake City donc leur dernier titre olympique n'était pas si ancien...

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    1. Merci pour le retour.. Méa Culpa, je corrige tout de suite !!!

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