Pakistan - Afghanistan, les raisons de la guerre


La tension ne cesse de monter entre les deux voisins du sous-continent indien. Depuis plusieurs mois, les affrontements armés se multiplient le long des 2 500 kilomètres de frontière montagneuse qui séparent l’Afghanistan, 43 millions d'habitants, et le Pakistan.

Islamabad accuse Kaboul d’abriter et de protéger les combattants du Tehrik-e-Taliban Pakistan (TTP), mouvement insurgé pakistanais issu en grande partie des zones tribales pachtounes, à cheval sur les deux pays. Fort de 255 millions d’habitants et puissance nucléaire, le Pakistan considère cette résurgence comme une menace stratégique majeure.

Affaibli à partir de 2015 sous la pression des opérations militaires pakistanaises, le TTP a retrouvé une capacité opérationnelle significative depuis la prise de pouvoir des talibans afghans en 2021. Le changement de régime à Kaboul a profondément modifié l’équilibre régional : les talibans afghans et pakistanais partagent des affinités idéologiques et ethniques, même si leurs agendas nationaux divergent.

Depuis 2021, les attaques contre les forces de sécurité pakistanaises se sont intensifiées. Les militaires, policiers et responsables locaux sont les principales cibles. Islamabad affirme que ces violences ont causé la mort de plus d’un millier d’hommes au cours de l’année écoulée. En réponse, le gouvernement pakistanais accuse le régime taliban d’encourager, sinon de tolérer, ces actions.

Le Pakistan exige l’arrestation de plusieurs dirigeants du TTP et la fin de toute forme de soutien logistique depuis le territoire afghan. Le mouvement a par ailleurs prêté allégeance à Al-Qaïda, ce qui renforce l’inquiétude internationale.

La situation est d’autant plus complexe que les équilibres diplomatiques évoluent.

 Si le retour des talibans au pouvoir avait initialement été perçu favorablement par certains cercles pakistanais, les relations se sont depuis dégradées. 

Dans le même temps, l’Inde, adversaire historique du Pakistan — notamment sur la question du Cachemire — a amorcé un rapprochement pragmatique avec Kaboul. Une évolution notable, alors que New Delhi entretenait des relations étroites avec l’ancien président Ashraf Ghani et soutenait activement les autorités anti-talibanes.

Ce repositionnement stratégique illustre une logique de realpolitik : chaque acteur régional cherche à défendre ses intérêts dans un contexte de recomposition accélérée.

Pour Islamabad, le risque est désormais géopolitique : celui d’un encerclement stratégique entre l’Inde à l’est et un Afghanistan devenu imprévisible à l’ouest. 

Dans ce contexte, le chef de l’armée pakistanaise, le général Asim Munir, voit son influence renforcée. Le Pakistan, déjà marqué par un système hybride mêlant pouvoir civil et autorité militaire, pourrait ainsi s’orienter vers une domination accrue de l’institution militaire.

Au-delà du face-à-face afghano-pakistanais, cette instabilité fragilise un peu plus une région déjà sensible et pèse sur l’équilibre stratégique mondial.

Commentaires

  1. J’aime bien ton analyse Laurent.

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  2. J'ai été surpris par ce conflit alors j'ai essayé de comprendre de quoi il retournait. En fait, en voyant les papiers qui relataient l'actualité du conflit, je me suis posé la question du pourquoi et j'essaie de donner des clès..Rien de plus..

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