Il était une fois mes JO : Sochi 2014
La Russie telle que je ne l’imaginais pas
En 2014, c’est à Sotchi que la Russie a organisé les Jeux olympiques d’hiver.
Sotchi, sur la même latitude que Nice, avec des températures oscillant entre 15 et 20 °C en février : avouez qu’on est bien loin de l’image « sibérienne » que l’on se fait habituellement de la Russie.
Sotchi faisait partie d’un vaste plan de communication destiné à réinstaller la Russie au centre du jeu mondial. L’idée était simple : montrer sa puissance à travers de grands événements sportifs. Championnats du monde d’athlétisme, Coupe du monde de football et donc Jeux olympiques d’hiver… le tout dans un décor inattendu, entre les monts du Caucase et la mer Noire.
En réalité, Sotchi était surtout la vitrine. L’essentiel des Jeux s’est déroulé sur une immense zone marécageuse située à environ 35 kilomètres de la ville.
Drôle d’impression en arrivant là-bas.
Imaginez une plaine morose, en bordure de la mer Noire, soudain transformée par des travaux gigantesques. Sur ce parc olympique surgissaient trois patinoires, un stade de 45 000 places, un circuit de Formule 1, des logements « soviétiques » proches de nos HLM français et des hôtels clinquants et illuminés pour célébrer la fête olympique.
Oui, vraiment une drôle d’impression que de se retrouver dans ce décor parfois irréel, dont le coût — le plus élevé de l’histoire olympique — est estimé à 37 milliards de dollars.
Rien n’est trop cher pour impressionner le monde. Et force est de constater que les installations étaient à la hauteur des Jeux.
Je me souviens notamment de la cérémonie d’ouverture, grandiose. Elle retraçait la grande histoire de la Russie, en particulier celle du XXe siècle. Un spectacle poétique et spectaculaire qui lançait les Jeux dans un décor presque céleste, au son de la musique de Daft Punk.
Rien n’était trop grand pour faire (re)briller l’étoile russe.
Et dire qu’un mois plus tard, Barack Obama, le président américain, qualifierait la Russie de « puissance régionale »… À quoi ça sert que Vladimir se décarcasse !
Sur la glace, nous avons eu droit à un moment exceptionnel : un samedi après-midi, en direct sur France Télévisions, le choc entre les États-Unis et la Russie.
Forcément une rencontre très particulière. Et ce jour-là n’a pas dérogé à la règle.
Les Américains l’ont finalement emporté après une interminable séance de tirs au but. Le héros du jour s’appelait TJ Oshie, auteur de quatre des six tirs qu’il a tentés. Il avait une technique bien à lui : s’avancer très lentement vers le gardien pour mieux exploiter ses qualités de mains et déstabiliser le portier russe.
Je dois avouer avoir ressenti un étrange malaise ce jour-là. Les Russes semblaient étonnamment amorphes — notamment leurs défenseurs. Et dans ces Jeux déjà marqués par les soupçons de dopage au sein de la délégation russe (organiser, c’est bien… gagner, c’est mieux), j’ai parfois eu l’impression que certains produits avaient produit l’effet inverse de celui recherché…
La Russie, c’est aussi ce drôle de pays où l’on peut dîner à côté d’une table de Russes et observer leur incroyable capacité à enchaîner les verres.
J’ai vu de mes propres yeux deux hommes « siffler » une bouteille entière de cognac pendant un repas.
L’alcool, même loin de la Sibérie, fait les mêmes ravages. Et il n’était pas rare de voir des amis, réunis pour dîner, finir par s’envoyer quelques "mandales" en fin de soirée.
Un verre ça va… 25 verres, bonjour les dégâts.
C’était aussi ça, les Jeux de Sotchi.
Et sur la glace, la hiérarchie a été respectée : le Canada a largement dominé le tournoi de hockey dans la Bolchoï Arena.
Chez les femmes, les Canadiennes — arrivées en bras de chemise sous le soleil de Sotchi — ont remporté une finale épique contre les États-Unis après prolongation.
Chez les hommes, le Canada s’est imposé plus facilement face à la Suède, privée le matin même du match de Nicklas Bäckström, contrôlé positif.
Après ce voyage exotique au bord de la mer Noire, Gary Bettman, le commissaire de la NHL, et les propriétaires de franchises ont voulu monnayer la participation des joueurs professionnels aux Jeux olympiques.
Et Sotchi s’est alors évanouie comme un mirage.
Comme cette plaine olympique devenue, l’espace de quelques jours — et pour très cher — le centre du monde.
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