Il était une fois mes JO : Pyongchang 2018


C’est loin, la Corée du Sud.

Une escale à Séoul, puis un train pour traverser le pays d’ouest en est. Direction Gangneung, où se trouve la patinoire de 10 000 places qui accueille le tournoi de hockey. Une zone assez peu peuplée, un peu à l’écart de tout.

D’ailleurs, c’est une constante de ces Jeux du bout du monde : des trajets en navette, en bus, entre l’hôtel et les sites. Beaucoup de déplacements, peu de repères.

Et au final, je ne garderai pas un immense souvenir de ces JO. Du vent, du froid, et ce sentiment persistant d’être un peu perdu au milieu de structures provisoires, ces fameux « algeco » où sont installés nombre de locaux.

Très vite, on comprend aussi que ces Jeux sont ceux des partenaires. Samsung est partout. Omniprésent. Les sites, eux, sont plantés au milieu de nulle part, dans une station balnéaire glaciale, balayée par un vent particulièrement désagréable.

Heureusement, il y a toujours, dans chaque olympiade, ces moments magiques. Ces rencontres improbables qui font tout basculer.

Un après-midi, dans la salle de presse, je prépare le match du soir. Un visage attire mon attention. Je m’arrête.

— « Pardon, vous êtes bien Igor Larionov ? »
— Un sourire, un signe de tête. Oui, c’est bien lui.

On discute. Longuement. Et le soir, il vient s’asseoir à côté de moi dans le bus pour continuer la conversation. Bien sympa cette rencontre !

Igor Larionov. Une légende. 

Je l’avais vu jouer avec l’URSS aux JO de Calgary en 1988. Quatre fois champion du monde, double champion olympique, triple vainqueur de la Coupe Stanley avec Detroit. Mais au-delà du palmarès, un joueur que j’adorais : un centre intelligent, collectif, visionnaire.

Un vrai moment de JO.

Car sportivement, ces Jeux étaient particuliers. Pas les meilleurs joueurs : la NHL avait refusé de libérer ses stars. Une compétition un peu à part.

Et pour moi, des Jeux écourtés. Les seuls que je n’ai pas suivis jusqu’au bout. La direction de France TV avait décidé de me rapatrier avant le week-end final. pour assurer le commentaire du Tournoi des 6 Nations..

Alors tout s’enchaîne.

Une finale féminine exceptionnelle — victoire des Américaines (3-2 après le 6e tir au but !) — puis, dès le jeudi matin, train à grande vitesse pour Séoul.

Quatorze heures d’avion dan l'après midi - j'étais arrivé vers 22 h chez moi avec le décalage horaire de 7 heures..). A peine le temps de reprendre mon souffle : le lendemain matin, direction Dublin pour commenter Irlande – Pays de Galles dans le Tournoi des Six Nations.

Mais ce n’est pas fini.

Après le match, de rugby à l'Aviva Stadium, je fonce à l’aéroport. Retour à Paris dans vers minuit. 

Et à 5 heures du matin, me voilà avenue de Wagram, dans le 17e arrondissement, pour commenter… seul… la finale olympique de hockey pour TV5 Monde Afrique.

Trois heures de direct. Les Russes s’imposent face aux Allemands en prolongation grâce à Gusev.


Et là, enfin, ça s’arrête.

Enfin… presque.

À peine l’antenne rendue, je saute dans un taxi. Direction Les Arcs. Une semaine de ski.

Je peux vous dire une chose : ce dimanche soir-là, j’ai dormi.

Profondément.

Épuisé par les voyages, harassé par le décalage horaire, lessivé par l’enchaînement des directs.

Mais heureux.

Parce que, comme on dit… quand on aime, on ne compte pas.

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